C’est dès le moyen Age en Europe que le développement économique a pu démarrer dans les plaines fertiles où l’activité agricole pouvait nourrir plus de monde que la seule famille paysanne. Le transport des denrées agricoles en ville était simple et direct. Les meilleures terres agricoles sont donc aussi les mieux situées pour un développement économique et l’urbanisation, et cette situation induit une pression de la construction justement sur les meilleures terres agricoles.

La population mondiale continue à croître et à se concentrer dans de grandes agglomérations, et en Suisse aussi. La surface moyenne disponible de terres labourables par personne diminue donc. Mais ce n’est pas tout. L’urbanisation galopante dévore les meilleures terres agricoles pour créer de l’industrie, du logement et des infrastructures. C’est une source d’inquiétude croissante.

Au plan international - depuis la crise alimentaire de 2008 – on se préoccupe toujours plus de la sécurité alimentaire. Des pays riches et puissants cherchent à assurer leur propre sécurité alimentaire en achetant des terres agricoles à l’étranger. En Suisse, l’auto-approvisionnement alimentaire a été une préoccupation centrale durant la deuxième guerre mondiale, quand les frontières étaient fermées et que l’approvisionnement alimentaire du pays reposait essentiellement sur la production indigène. Cette préoccupation a persisté des décennies après, et l’urbanisation rapide de l’après-guerre a éveillé la conscience du grand public pour la protection des terres. La protection des terres agricoles a été au cœur de la loi sur l’aménagement du territoire, votée en 1972. En 1992, elle a été complétée par un plan de protection des meilleures terres agricoles, visant à sauvegarder 438'560 ha de celles-ci  libres de constructions.

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Aujourd’hui, la situation a changé : les frontières sont largement ouvertes et les magasins regorgent de produits en provenance du monde entier, dont certains, qui ne peuvent pas pousser en Suisse, occupent une place prépondérante dans notre ration. Alors que l’économie est florissante et a besoin de toujours plus de surfaces.  Pourquoi produire des denrées alimentaires en Suisse, alors que l’on peut les importer sans problème et développer des activités plus lucratives sur ces terrains ?

Cependant, le sol est une ressource limitée et les sols les plus fertiles contiennent près de la moitié de la biodiversité de la terre, qui reste à découvrir. En Suisse, le bon sol agricole est limité en quantité, mais pas en qualité. Non seulement les bons sols sont fertiles, mais le climat, bénéficiant de suffisamment de pluies, est extrêmement favorable : les rendements de blé sont comparables à ceux des meilleures régions de France et la Suisse est un champion mondial de la betterave à sucre. Les terres cultivées sont aussi un élément central de notre paysage, celui qui contribue à former notre identité culturelle.

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