Repenser la construction d’étables?

Les prix agricoles stagnent au mieux, au pire s’effondrent, les structures agricoles et les types de produits évoluent rapidement. De leur côté, les coûts des constructions agricoles ne font qu’augmenter. Il devient nécessaire de repenser la construction agricole.

Les bâtiments agricoles devraient être bon marché, légers et faciles à transformer. Dès qu’ils ne remplissent plus leur usage, ils devraient être démolis. Cela peut être même une condition liée au permis de construire. Mais souvent les conditions climatiques et les exigences de la protection de l’environnement et des animaux nécessitent des équipements onéreux (pensons aux fosses à purin étanches). Les agriculteurs sont aussi habitués à des équipements très sophistiqués pour la traite et la surveillance du troupeau.

Si, de toute façon, la construction agricole ne peut être que chère, elle doit durer de sorte à amortir ses coûts. Cela signifie qu’elle doit être conçue pour un usage multifonctionnel, de manière à ce qu’une succession de type de productions puisse y prendre place dans le volume (vaches à lait, engraissement de porcs ou de volaille, etc.). Ce n’est justement pas le type de construction qui est vendu aux agriculteurs, et pas seulement en raison des contraintes techniques liées aux types de production spécifiques (la transformation d’une étable à vaches en halle d’engraissement de volaille nécessite d’importants travaux). Les vendeurs de bâtiments ruraux et d’équipements agricoles ont un intérêt manifeste à placer un bâtiment tout neuf pour chaque nouvelle production.

Par ailleurs, les bâtiments agricoles sont devenus imposants en raison de la concentration de la production agricole : toujours moins de paysans détiennent toujours plus d’animaux de rente, ce qui nécessite des infrastructures toujours plus grandes. Une étable moyenne (40-60 places) fait  une surface au sol de 1500 m2 environ et une hauteur au faîte de 9 m. Certaines très grandes étables sont exploitées en communauté (2 à 10 membres).

 

Big but beautiful?

Les bâtiments servant à loger du bétail sont implantés en rase campagne, afin de protéger les zones habitées des odeurs désagréables. Leur impact négatif sur le paysage est considérable, d’autant plus que leur architecture est médiocre. Le prétexte est que « plus esthétique, c’est plus cher » et que la production agricole ne peut se le permettre aujourd’hui. Encore faudrait-il le prouver. La vraie raison est que bien des architectes de bâtiments ruraux semblent peu intéressés par l’esthétique, ou ne peuvent pas la transmettre aux agriculteurs. Quant aux agriculteurs, ils ne valorisent pas assez leur production pour imaginer la réaliser dans un bâtiment esthétique, qui ferait partie de l’image de marque de leur produit. Le rôle des autorités délivrant les permis de construire, qui négocient plus de bois pour les parois ou une autre couleur pour le toit, est difficile, faute de base légale claire pour imposer plus d’esthétique…

Voir: Constructions hors zone à bâtir

 

Que faire des bâtiments devenus inutiles pour un agriculteur ?

S’ils sont anciens, qu’ils présentent un intérêt architectural ou jouent un rôle important dans le paysage, ils devraient être conservés et utilisés à des fins non-agricoles. Sinon, dans un pays comme la Suisse où les terres agricoles sont rares, ils devraient être démolis. S’ils sont récents et toujours utilisables pour l’agriculture, ils devraient être transférés à un autre agriculteur.

Mais les propriétaires de bâtiment agricoles (anciens paysans) ont d’autres objectifs pour leur bâtiment et espèrent l’utiliser ou le vendre pour des buts plus lucratifs. Concrètement, il n'est possible d'exiger la démolition que de structures bon marché et légères.

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